Manifeste

Le manifeste de l’association

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Une petite Entaille – association régie par la loi du 1er juillet 1901 – a pour vocation de proposer un art sociologique au sens d’une pratique orientée vers l’émergence d’expériences esthétiques de la relation entre l’homme et son environnement social.

Les projets (qui peuvent prendre diverses formes : ateliers, installations, performances) reposent sur un socle commun :

  • L’utilisation de certains outils de la sociologie (observation, entretien, etc.) et l’intérêt pour l’éclairage par cette discipline des interactions sociales.
  • Le format non académique/scientifique des projets dans le sens où ils sont dépourvus d’une finalité de restitution et d’analyse des données recueillies sous la forme de résultats qui seraient des reliquats autonomes ayant une valeur en soi.
  • La transformation des enquêtes ordinaires sur le monde social en expériences esthétiques qui unifient l’action, la réflexion, la perception et l’émotion dans un mouvement abouti.
  • La dynamique de co-construction au sens où ce qui survient est conditionné par la participation des visiteurs/participants.
  • Le principe d’une expérimentation ouverte dont l’horizon est susceptible d’être modulé au fil de l’expérience « en vue de ».

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Les projets d’Une petite Entaille sont pensés pour soulever des questions d’ordre sociologique qui prennent leur source dans le trouble que chacun peut ressentir dans ses relations avec d’autres personnes. L’embarras, la surprise, la gêne, la curiosité, la honte sont autant d’émotions qui conduisent à enquêter, c’est-à-dire à identifier un problème, une aspérité dans le réel, quelque chose qui rompt l’unité d’une situation. Les outils du sociologue ne sont pas établis comme de simples moyens mais plutôt comme des médiums expressifs.

 

Une petite Entaille reprend à son compte des questionnements sociologiques mais sa posture diffère de celle du sociologue à deux égards. Tout d’abord, la production d’Une petite Entaille prend exclusivement la forme d’expériences qui ne requièrent pas de connaissances sociologiques pré-existantes et ne donnent pas lieu à la restitution écrite de résultats. Il n’est pas question de rendre compte ou d’analyser ces expériences mais uniquement de les rendre possibles. La finalité de la démarche poursuivie par Une petite Entaille ne réside donc pas dans la production ou la diffusion de résultats mais dans l’accumulation d’expériences à la fois individuelles et collectives. Par ailleurs, les dispositifs conçus par Une petite Entaille ne distinguent pas celui qui produit de celui qui interprète dans le processus créatif. Le public est placé dans la posture d’un enquêteur qui participe à l’élaboration d’une base de données d’expériences.

 

S’il existe de multiples lieux où l’enquête sur la nature fonde la convocation d’un public, l’enquête sur le monde social fait plus rarement l’objet d’une telle démarche. Cette démarche est pourtant quotidienne pour chacun d’entre nous. L’attention à l’environnement social est une capacité que tout le monde mobilise selon des degrés différents en fonction des moments et des situations. Une petite Entaille part de cette dynamique ordinaire pour entraîner le public dans des jeux de réflexivité sur le monde social. La démarche ne consiste pas à apporter un surplus de connaissances qui seraient transmises dans des contenus visant à informer sur la société en général. La réflexivité prend une signification corporelle : les projets d’Une petite entaille ont pour ambition de faire éprouver et ressentir les émotions et gestes qui constituent toute enquête sur le monde social. Ils s’appuient sur les prémisses de la démarche sociologique qui sont disséminés dans la vie quotidienne pour en faire une expérience esthétique aboutie.

 

Une petite Entaille invente des dispositifs participatifs qui permettent de faire une expérience du social à l’œuvre dans le quotidien. Ces dispositifs organisent une confrontation avec des matériaux hybrides qui ne laissent pas le public à l’état de simple « spectateur ». Ils sont conçus pour être appropriés, en suscitant des attentes, des émotions ou des interrogations, et en invitant à manipuler des objets et outils d’enquête. Le public est à la fois troublé, stimulé et engagé dans la création d’une œuvre collective. Le visiteur-participant est mis dans une double posture : celle d’enquêteur quand il observe les contributions des autres, et celle d’enquêté quand il voit publicisés les matériaux qu’il a lui-même produits. La relation entretenue avec le public est à la fois distancée et participative par le jeu sur les dimensions nécessairement à la fois individuelle et collective du monde social.

 

Les projets d’Une petite Entaille assument une certaine et nécessaire dimension d’imprévisibilité. La manière dont évoluent les dispositifs d’exploration sociologique interactifs dépend de la façon dont ils sont investis, manipulés, alimentés et appropriés par le public. Les reconfigurations des dispositifs font de l’expérimentation un processus indéterminé au cœur d’un lieu en mouvement. L’expérience in situ est destinée à résonner chez les visiteurs-participants, en réorganisant des expériences passées et en ouvrant des expériences futures. Une petite Entaille entend faire naître des nouveaux champs d’expérience de la vie quotidienne en cultivant l’imagination sociale. En partant du postulat selon lequel nous construisons par nos interactions et nos interprétations le sens de la réalité sociale, les projets d’Une petite Entaille visent à penser les situations sociales comme un ensemble ouvert de possibles et à susciter la créativité sociale entendue comme la capacité à transformer ces situations. À travers des expériences à la fois intimes et publiques, l’exercice de cette créativité sert l’émancipation à la fois individuelle et collective.

 

Télécharger le manifeste d’Une petite Entaille